• vous êtes classé combien, vous ?

          L’épidémie de ‘classite’(*) aigue atteint le stade de la pandémie, dans notre pauvre monde malade de performance, de croissance, d’ambition démesurée et d’orgueil misérablement mercantile.  
          Pour les enfants des écoles, les collégiens, lycéens, étudiants de toutes options, force est d’admettre que les classements ont une valeur d’émulation incontestable.
          Les fonctionnaires, les militaires les hôpitaux, les universités  et cetera, se trouvent, en raison de ces notations dans une course effrénée à la meilleure place, et de nombreuses  déviances émergent de cette classification. Et, inéluctablement, le vieux principe des César  de la division favorisant le règne est largement utilisé, en flattant l’ego des uns et en maltraitant les notes des autres.  Chez les athlètes, la notion  de  vainqueur, de champion est bien sûr compréhensible, mais là aussi, chacun veut être le meilleur, et des ‘sportifs’ ont consommé des produits supposés capables d’améliorer leurs capacités, jusqu’à, pour quelques uns, en mourir. Des étudiants en font autant, croyant ainsi être en mesure de mieux  réussir.
           Maintenant, on classe les entreprises, les hôpitaux, les universités et même les Etats, avec les mêmes déviances, et les mêmes conséquences. 
          Quelques petits malins, en vertu de Lucifer sait quelle loi, se sont arrogé l’exorbitant pouvoir de dire tel pays mérite un A, tel autre un B, tel autre n’est même pas classable, n’entrant pas dans le moule. C’est ainsi qu’une grosse part de l’humanité jauge son… humanité  à l’aune de quelques haruspices fouillant les entrailles des comptabilités et classent, en vertu de critères ésotériques dont  il  pas certain qu’ils maîtrisent les arcanes.   Mais qui vivent sur un grand pied, tant l’homme moderne est friand de la situation de premier de la classe.
          Et comme il est masochiste au point d’être content de payer pour s’entendre dire qu’il est mauvais, pourquoi s’en priver ? Mais après tout, pourquoi pas, cet exercice peut quand même apporter quelques moments jouissifs. Si, par exemple, on classait les hommes politiques en vertus de la tenue de leurs promesses, les députés à la sonorité de leurs ronflements sur les bancs des séances de nuit, les compagnies ferroviaires à la qualité des sandwiches qu’elles vendent à prix d’or, et les compagnies aériennes à la longueur des jupes des hôtesses ou à la valeur des lunettes de soleil des pilotes. Si les chauffeurs de taxis étaient notés en vertu du nombre de détours  faits pour amener un touriste d’un point A à un point B pour le plus petit prix, et ainsi de suite. 
          Classons, il en restera toujours quelque chose.
          Nous vivons une époque formidable.

     _______________

    (*) Oui,  bon, d’accord… Mais vous avez compris, non ? 


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  • Commentaires

    2
    Samedi 20 Août 2011 à 07:26

    c'est trop, beaucoup trop , mais merci quand même !

     

    1
    hem
    Vendredi 19 Août 2011 à 00:40

    en tout cas, moi, pour ne pas être en reste cette habitude, je te classe en tête du hit parade des chroniqueurs.


     


     

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