• une vue de l'homme...

     

     

    une vue de l'homme...

    HOMME...

    Tu as jeté au loin  ta peau  de bête originelle,
    Tu as arraché tes mains de la terre
    Et les as lancées vers le ciel.
    Tu t’es élevé  et sur ta tête fière
    Sur ton front s’est versé  le soleil.
    Tes doigts agiles ont ensorcelé la pierre,
    Le bois et les métaux et l’onde claire,
       Tu as dompté le vent sauvage,
          Et asservi le feu que tu as rendu sage.
           La matière devenue machine et,  à ton gré,
          Tu as travaillé, couru et traversé l’espace
          En hurlant ta puissance à la face
            du Monde émerveillé,
             Tu as donné la mort, tu as donné la vie,
    De ton souffle la Gloire a jailli.
    Quand ta voix rauque a appelé l’amour,
    Elle s’est fondue en une douce mélodie
    Sur les champs et les fleurs alentour.
    Les battements de ton cœur résonnent
    dans les roseaux sous la lune claire,
    Tu entends leurs  douces homélies,
    Devant toi le monde s’éclaire
    Mais ton âme garde en son sein ton  envie,
    Un règne sans limite, majestueux, sans voile,
    Telle une immensité enceinte d’une étoile.
    Contemplant ton œuvre du  sommet de Babylone,
    Tu défies le Ciel, en lui lançant, arrogant, ton nom: HOMME !
    Ô, combien j’ allumerais, au sommet des montagnes
    De grands  feux de joies,
    je carillonnerais  mille et mille fois,
    à travers l’espace tes louanges,
    Je te porterais sur mon dos jusqu’à l’apothéose,
    Je serais ton adorateur,  et danserait jusqu’à l’osmose
    En d’éternelles  danses bacchiques et étranges.
    Ô Frère, cher et aimé
    Ô Frère pitoyable,
    Ô Frère  haïssable,
    Ô Frère mille fois pleuré,
    Nourri de l’essence de mon cœur,
    Ma honte et ma douleur : HOMME !
    Las !  L’hymne glorieux se délite, et saigne
    Les feux de joie s’endorment sous les cieux
    Leur fumée brûlent tes yeux,
    Les cloches s’éteignent
    Les fleurs,  trempées dans le venin
    Sa fanent,  merveilles sans lendemain.
    Que reste-t-il à admirer ?
    La  beauté du geste  qui tue ?
    Qui adorer ?
    L’Ange déchu ?
    Que chanter ?
    Des plaintes et gémissements dans l’ombre?
    Que danser ?
    Le bal de la mort sur les décombres? .
    Pourquoi même parler ? Tu le sais bien, l’horreur
    Des mots blesseraient  l’orateur.
    Las, tout est vain !
    La seule voie pour fuir ton erreur
    Est de partir, sans fin,
    Loin de toi, se réfugier dans les yeux innocents
    Des animaux fidèles, dans la douce ramure s’élançant
    Vers le ciel immense, puis,  sans repère,
    Enfin  te terrer dans le tragique silence de la pierre..

    Kalman Kalocsay ( La Streĉita kordo, 1931)

     ( traduction  de L. SCHUELLER-LEROY et Pierre HUMBERT )

    photos :fr.wikipedia.org  


  • Commentaires

    3
    Jeudi 17 Avril 2014 à 22:08

    Je ne connaissais pas non plus, très beau, merci pour le partage. A bientôt

    Esclarmonde

    2
    Mercredi 16 Avril 2014 à 08:09

    Je ne connaissais pas et c'est une belle découverte, j'aime cet humanisme qui transpire du texte

    amicalement

    Claude

    1
    Lauryale
    Mardi 15 Avril 2014 à 23:47

    Merci pour ce beau poème,  je viens de lire la biographie de l'auteur que je ne connaissais pas. Je vais le montrer à l'homme qui sera ravi de connaître ce poète 

    Bises de nous deux

     

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