• travail manuel

    travail manuelSes sabots étaient la première chose que le visiteur voyait en entrant dans le clair-obscur de l'atelier. Ces énormes appendices de bois clair au pied de jambes en velours côtelé écrasaient de leur masse le sol de terre battue couvert de sciure et de copeaux odorants.
    Joseph pensait. A le voir, penché sur son tour à bois, les deux mains à plat sur le châssis de la machine, on eût pu croire qu'il dormait. La chiche lumière dispensée parcimonieusement par un vasistas encombré de toiles d'araignées pleines de copeaux permettait à peine de distinguer son visage, masqué par la visière de sa vieille casquette perchée au sommet des six pieds deux pouces de sa taille de géant.
    C'était dommage, car il avait le faciès toujours en mouvement d'un lapin grignotant un croûton de pain. Il parlait à sontravail manuel antique machine, la priant de tenir encore. A son outil, il expliquait ce qu'il attendait de lui, et à la pièce de bois qu'il allait travailler, il disait la merveille qu'elle allait devenir.
    Joseph commençait toujours sa journée à l'aube, quand les rayons du soleil levant, traversant le vasistas, se posaient juste sur le mandrin, en faisant tournoyer d'infimes particules de poussière. Il passait la pierre India qu’il tenait de son père sur les travail manueloutils attendant d’être choisis, rangés sur leur étagère comme des bâtons sur des cahiers d'écoliers. Il choisissait soigneusement le morceau de chêne, de frêne ou de châtaignier qu'il avait décidé de travailler.
    Pendant qu'il serrait le noble bois dans le mandrin, la large courroie d'entraînement de son vieux moteur vibrait légèrement, et son cuir luisait doucement dans la pénombre. Tout respirait la paix, quand, d'un coup de sabot, Joseph dégageait la barre de commande du tour. Dans un bruit infernal, fait de grondements, grincements et vibrations, le moteur démarrait. Progressivement, lentement, le tintamarre d'apocalypse s'estompait, pour finir en ronronnement de chat satisfait.
    Le fer attaquait avec douceur le bois, et les copeaux voletants offraient une auréole aux mains de Joseph.Un sentiment de parfaite harmonietravail manuel se dégageait lentement du chêne qui tournait, de l'outil animé par les doigts magiciens de Joseph, du ronronnement du moteur, et finissait par donner au vieil atelier des dimensions célestes.
    Il a voulu que ses enfants soient plus instruits que lui. Ils sont bardés de diplômes, ils occupent des postes  importants, mais n'ont pas la moindre idée de ce qu'est un tour à bois .....

     

    photos : zphoto.fr; zazzle.fr; galerie-com.com; aftab-ass.com

     


  • Commentaires

    4
    Jeudi 24 Janvier 2013 à 08:07

    Nous avons donc la même formation de base, j'ai eu la chance d'avoir un maître d'apprentissage qui était maître de forge, ce qui fait que en plus de nous apprendre le métier d'ajusteur, il nous apprenait à forger nos outils et à faire les différents traitement thermiques, c'était vraiment une belle époque

    amicalement

    Claude

    3
    FMR Profil de FMR
    Mercredi 23 Janvier 2013 à 14:13

    bonjour

    comme toujours tu racontes bien ...C'est vrai qu'on veut tous faire de nos enfants des élites et pourtant .....

    2
    Mercredi 23 Janvier 2013 à 06:16

    comme tu dis j'ai un CAP d'ajusteur

    1
    Mercredi 23 Janvier 2013 à 06:08

    Rares sont devenus ceux qui savent encore régler une machine, maintenant les programmes d'usinage sont fait par des techniciens qui ne savent pas faire marcher la machine, on apprenait à régler notre tour, fraiseuse ou étau limeur, pour avoir le cap d'ajusteur il faillait savoir faire des miracles avec une lime,et être capable de conduire les machines outils, tout était réalisable, tout était réparable, il ni y avait rien d'impossible, ce temps est révolu

    amicalement

    Claude

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