• Oyez ! Oyez

         Françoises et françois et vous,  gens d'Aquitaine, de Lotharingie, de France, de Navarre, d'Oukântienbon,  de Ouayaguette et autres  horizons, oyez et esbaudissez vous des merveilles  que vous annonce cette missive partie du tréfonds de la mer de Corail, par 166°.26' Est et 22°.16' Sud
        Oyez ! Oyez  Ce jour là,  glorieux samedi  de l'an  347   de la très sainte  ère de    Kronenbourg,  fut  rappelé un mariage  aussi long qu'heureux, puisqu'ayant  duré dix lustres, sans s'être le plus petitement lustré. Et vous faire connaître et aimer le bienheureux patron de cet hyménée. Car, bien entendu, vous ignorez  le nom de ce saint homme, et c'est presque normal tant il fut discret. En effet,  ce qui ne brille pas à Paris ou sur la Baie des Citrons n'a aucun intérêt pour le reste du monde. C'est pourquoi, et en  raison aussi de sa modestie devenue proverbiale, il fut peu fêté sous son propre nom.
          On eût pu, à l'instar de  Côme et Damien,  le qualifier d'anargyre,  tant l'argent comptait peu pour lui. C'est peut-être pour cela qu'en toute logique, il devint le saint patron des anniversaires de noces et en particulier  et précisément celles qui durent longtemps, très longtemps, et qu'on nomme si joliment d'Or . Il s'agit de  Saint Quante, que les teutons, pour des raisons qui leurs sont personnelles,  prénomment Emmanuel en se basant sur des fondements aussi indéterminés que  saugrenus.
         Ce vénérable Saint, eut - ce qui, quoi qu'on en pense,  est quand même normal pour un saint - une vie exemplaire, bien que peu connue, car il ne fût ni cénobite, ni anachorète, ni inquisiteur, ni même cistercien jésuite ou trappiste. En effet,   son caractère libertaire ne l'inclinait point à la génuflexion permanente, ni mie au jeûne, pour lequel il n'avait aucune considération. Etant gaulois , il préférait, pour louer le Seigneur, consommer avec assiduité  et persévérance ses bienfaits,  et en particulier les liquides. 
          Nous le savons tous, mes frères, nulle tête n'est facilement ceinte de la mandorle de la Sainteté.  Il est vrai que Saint Theuté, patron des odeurs hagiographiques, est  encore plus inconnu que Saint Quante bien qu'il bénéficiât  lui aussi de ce halo dont l'effet est si joli dans les petites boites transparentes où de la neige tombe quand on les secoue. 
          Mais revenons  à nos ouailles, ce qui n'est pas hors sujet, comme vous l'allez constater. Saint Quante, donc,  vécut, de l' enfance au quatrième âge, au troisième siècle de l'hégire, à la cour du Bon Roi Louis IV d'Outre-Mer,  où il exerça, devenu grand,  les nobles fonctions de barbier-chirurgien-accoucheur, en digne fils de sa sainte  Mère, qui, ayant passé plus de la moitié de sa vie enceinte, et n'avait donc plus grand chose a apprendre sur la Nativité, l'avait élevé dans  la crainte du Seigneur et le respect des oies, qu'il gardait avec sa petite cousine Cosette, fille de sa tante Fantine, qui l'avait  misérablement  enfantée onze ans plus tôt.
          A l'aube de ses  12 printemps,  par le bel après-midi d'automne du troisième jeudi  de novembre  de l'an de grâce 955 de Notre Seigneur, alors que les dernières feuilles rougies par la froid finissaient de quitter leurs arbres originels, tandis qu'en comptant ses oies il contait fleurette à sa cousine, une bouteille de Beaujolais nouveau leur apparût dans les branches fourchues d'un jeune chêne, celui-là même sous lequel, quelques siècles plus tard, Saint Louis dit Loulou bâton croix, rendrait la justice et guérirait le pauvre peuple des écrouelles et autres plaisanteries cutanées, en échange des quelques livres tournois  qui l'aideront à aller chatouiller les mécréants mahométans, mais  ceci est une autre histoire, que je vous conterai un jour, si vous êtes sages.
          C'est fou ce que la sainteté se portait à cette époque. Chaque mère de famille avait deux saints personnels, qu'elle emmenait partout avec elle, et qui l'aidaient  à nourrir ses enfants, ce qui était bien économique en ces temps de disette sinon constante , du moins aussi fréquentes que les lubies belliqueuses des guérilleros de ces temps difficiles, qui se targuaient du titre de chevalier  pour se différencier de leurs montures  qui n'en demandaient pas tant. Or donc, quand Cosette et Quante virent que la bouteille de Beaujolais, entre les branches du chêne,  les regardait d'un air bonhomme en souriant  et leur faisait signe , ils s'approchèrent illico, tremblants, blottis l'un contre l'autre, chapeau bas, leur bol d'étain à la main, et humblement, ils se prosternèrent, car leur jeune expérience de ces temps rugueux leur avait appris que quand  on garde les oies on a intérêt à être poli avec tout le monde, ça évite beaucoup d'ennuis.
          En rigolant dans le pampre qui lui servait de barbe, Saint Vincent, car c'était lui, déguisé  en bouteille de Beaujolais Village pour ne pas être reconnu par le ci-devant grand pourfendeur  d'assoiffés  permanents, je parle bien sûr  de Saint Evin, auteur entre autres de lois attentatoires à notre chère gauloiserie, Saint Vincent, donc ,  fit sauter le bouchon de son divin flacon, se servit  une franche coupe de sang de vigne,  et versa à chacun des enfants esbaudis une large rasade d'eau claire issant d'une outre, en leur disant :
    "Vous êtes trop jeunes pour apprécier le nectar que contient  cette bouteille, mais cette eau divine, qui vient directement de ma chère  Saône, fera un jour de toi Quante,  un  Saint, et toi, Cosette, tu vivras enceinte aussi . Trinquons pour sceller cet accord  " 
          Ainsi fut fait, car, en ces temps là déjà, on trouvait la vérité dans le vin.  Quelques années plus tard, Cosette et Quante, après  de mémorables  fiançailles, ripailles, cochonnailles  et épousailles, mirent à profit les conseils avisés de leurs mères respectives, et fabriquèrent toute une tripotée de Coquante et de Tesette,  qui chantèrent haut, fort et faux, les louanges de leur père, béatifié puis sanctifié pour avoir inventé, après la naissance de son vingtième enfant,  l'usage de la pelle de braise placée là où il faut pour éviter la débandade des troupes.
         Au cours du millénaire qui suivit, Saint Quante, décidément increvable, fut réincarné à de nombreuses reprises en enfant de chœur, et il se rinçait alors en douce les amygdales avec le bon cru que le Grand Saint Vincent continuait à produire, en essayant de ne pas se faire prendre par Saint Evin tout aussi increvable et réincarné en curé de village. Entre parenthèses,  Saint Evin aurait lui même  été sanctifié par Francesco Piccolomini de son nom civil, un peu moins inconnu sous son nom de pape éphémère PIE III.  Ce sont des détails qui ne s'inventent pas.
         C'est ainsi que mille et six ans plus tard, en Gaule lotharingienne, Saint Quante, devenu cette fois Curé Chanoine de la paroisse de  Baccarat, procéda allègrement à l'union de deux jeunes et beaux lorrains tandis que Saint Evin - réincarné cette fois  en enfant de chœur - faisait la gueule dans son coin, car le futé SaintOyez ! Oyez Quante, qui connaissait la musique,  avait planqué  le vin de messe.
          Et c'est  au troisième jour et fameux samedi  du mois de Junon, cent cinquante et quatrième  de l'an 1961 de l'ère du fils de l'Homme, qui tomba, cette année, par un fameux concours  de circonstances, pile poil le   jour de la Saint Quante, que se fonda  l'union de Danielle, symbole de fidélité,  qui fut couturière  émérite , pleine d'ingéniosité  et au  sens artistique universel, qui subit  avec délices  les assidus assauts de Pierre, compagnon du rail , aristocrate de la classe ouvrière qui, s'il  n'a que le prénom du concierge du Paradis,  en a ajusté les clés,  comme le proclama Saint  Quante  à la face du monde en ce mémorable jour..
          C'est pourquoi, ici,  nous nous souhaitons, avec votre aide  et votre amitié,  encore au moins dix lustres  de joies et de   bonheur ensemble.


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  • Commentaires

    5
    hem
    Vendredi 19 Août 2011 à 00:52

    50 ans !            un demi siècle !                  600 mois de vie commune, de complicité, 


    pour vos noces d'or, mille voeux de bonne continuation, rendez vous dans 10 ans (comme dit une chanson)  

    4
    Samedi 13 Août 2011 à 13:43

    à la vôtre ! en effet, pour une aventure, c'est une aventure !

     

    3
    Lauryale
    Vendredi 12 Août 2011 à 23:34

    Tous nos voeux de bonheur et de santé pour la suite de cette grande aventure. Nous boirons un grand coup à votre santé .

    Ceux du Nordgau et du Sundgau

    2
    Vendredi 12 Août 2011 à 06:48

    merci, Bonobo, merci mille fois ! 

    1
    Bernard Rousseau
    Vendredi 12 Août 2011 à 03:50

    À part le fait qu'il me faut un dictionnaire pour compléter la lecture de cette note, je comprends que vous fêtez votre 50ième de mariage?


    Saint homme et sainte femme, continuez donc. :o)

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