• Ole! Torero !

    Ole! Torero !     Ces derniers jours, au cours d’une réunion aussi occitane qu’amicale et chaleureuse ( à tous points de vue, puisqu’il faisait plus de 30° à l’ombre et que les  présents étaient des amis de longue date  … ) , la conversation  portait sur (évidemment ) les vacances, le soleil, la chaleur, la poussière, les régions visitées, les destinations plus ou moins courues ou envisagées, et , proximité aidant, l’Espagne est arrivée sur le tapis.
        Bien entendu, quelqu’un a évoqué les innombrables polémiques qui  tendent à détruire ou rehausser la corrida.
        Et chacun y est allé de son couplet, pro ou anti, voire indifférent, mais passionné quand même. La couleur noire et magique puisque ténébreuse des toros , les habits de lumière, les picadors , les chevaux caparaçonnés, les olé, la ola, les oreilles et la queue  et tout le folklore touristique y est passé, d’autant plus aisément que l’hôte avait offert avec une générosité toute méridionale, une sangria à faire s’agenouiller un matador. 
        Ole! Torero ! Quand j’ai entendu toro noir, je suis parti, inconsciemment, dans une sorte de voyage mnémonique qui m’a ramené il y a bien des années en arrière, aux temps heureux de mes pérégrinations sur notre vieille boule bleue, et particulièrement à un endroit délicieux, devenu, par la grâce du tourisme et du rapport qualité prix, une route à quatre voies.

         Il s’agissait d’un chemin tracé en des temps bien lointains par un âne vagabond, qui se tortillait dans la savane, entre rochers et arbustes chétifs mais increvables. Il menait à un lieu magique, que les anciens avaient nommé la Porte d’Enfer, là bas, tout au nord de Karukera, l’Île aux Belles Eaux, plus connue depuis Christophe Colomb sous le délicieux et hispanisant nom de Guadeloupe.
          Nous assurions, mon jeune collègue et moi, ce que le règlement nommait une patrouille de surveillance générale, et cheminions de concert  ( cette formule est de M. Nadaud, dans son ineffable chanson  évoquant Pandore et son Brigadier ) sur ce chemin qui nous amenait sans coup férir pile poil au dessus de l’inoubliable Porte d’Enfer, là où la Mer des Caraïbes faisait souvent voir son sale caractère en se fracassant sur les rochers, spectacle dantesque qui  a donné son  nom à cet endroit merveilleux.
         Nous devisions calmement, tranquilles et assurés de l’importance de notre mission, quand nous entendîmes, derrière nous, un bruit effroyable de branches cassées et de galop effréné. Un rapide regard en arrière nous montra l’horreur de la situation : un animal noir, aux naseaux fumants  ( enfin… un peu, l’expression est là  pour faire joli… ) qui se dirigeait droit sur nous, et qui, nous en fûmes instantanément certains, voulait nous piétiner pour nous punir de fouler son territoire .    
        Avec un ensemble parfait, qu’on aurait pu croire réglé par un  chorégraphe,  nous nous sommes élancés dans un arbre, espérant ainsi nous mettre à l’abri de cette damnée bestiole.
         C’est ainsi que nous nous sommes trouvés réfugiés, misérablement cramponnés au tronc d’un arbre à peine plus gros que la moitié d’une cuisse  de brigadier modèle courant, avec un jeune taureau, aussi noir que dans «  Mort dans l’Après-midi » du regretté Hemingway , qui piaffait et nous regardait d’un œil assassin.
         Si vous nous aviez vus, lui faisant signe d’une main de filer, gestes accompagnés de «  allez, file, sale bête ! » pendant que l’autre main et  les genoux tentaient de nous maintenir hors d’atteinte….. 
         Nous étions loin des affiches en couleur proclamant la mâle assurance des défenseurs de l’ordre et de la loi, qui sont sensées  donner envie de s’engager.
         Nous commencions sérieusement a envisager l’usage des armes(  en application des prescriptions de l'article 173 du Décret Organique du 20 mai 1903 )  pour nous débarrasser de son encombrante compagnie ( pas pour l’abattre, évidemment, mais pour lui faire aussi peur qu’il s’était, j’en suis sur,  réjoui de nous faire ), quand, après un dernier piétinement rageur et nous avoir lancé, ou plutôt jeté, un regard que j’ai ressenti méprisant ,  l’animal noir a fait demi tour est s’en est allé, tranquillement, sans se retourner, comme si nous ne méritions pas son attention.
         Après quelques prudentes minutes d’attente – on ne sait jamais avec ce genre de bestiau – nous avons précautionneusement quitté notre abri et avons rejoint notre jeep, qui nous a ramenés , en ricanant probablement dans ses soupapes.
         Inutile de vous dire les commentaires de mes compagnons ce jour-là, autour de la sangria, quand j’ai raconté cette aventure…  

     


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    11
    hem59
    Samedi 29 Août 2009 à 19:09
    et moi ? je m'invite aussi !! à moins que tu ne viennes dans le Nord pour la fameuse braderie  de la semaine prochaine !!!
     là ce sera un calice de bonne bière que je t'offrirai !!!
    10
    peache Profil de peache
    Jeudi 27 Août 2009 à 09:46
    ah ben mon Bonobo, tu embarques à Trudeau, tu descends à Roissy, tu prends le train pour Saint dizier, et tu arrives, le Gravet t'attendra !
    9
    peache Profil de peache
    Jeudi 27 Août 2009 à 09:44
    et en plus cet animal, contrairement aux hommes  arboricoles momentanés était équipé de cornes ... enfin contrairement,  on l'espère, hein !
    8
    Mayaa
    Jeudi 27 Août 2009 à 09:21
    Cette aventure montre bien la supériorité de l'animal sur l'homme, même armé, même en uniforme ... :)))

    Je me moque, mais à ta place, je crois que j'aurais fait dans ma culotte, voire que je serais morte sur place... Quoique... la peur, même si elle ne donne pas des ailes m'aurait sans doute fait faire ce que tu as fait : grimper à l'arbre, moi qui à l'école n'ai jamais su grimper à la corde, même à noeuds ...
    7
    el mektoub
    Dimanche 23 Août 2009 à 18:10
    ben takav'nir
    6
    Bernard Rousseau
    Dimanche 23 Août 2009 à 14:59
    Hé! Ça va les familiarités sur le ouèbe... Et puis nous alors? Les zôtres qui peuvent même pô songer à déguster!
    :o)
    5
    peache Profil de peache
    Dimanche 23 Août 2009 à 09:43
    ben non ....!
    4
    el mektoub
    Samedi 22 Août 2009 à 22:00
    normalement avec ousans tu ne dois pas pouvoir résister, xcu ne?
    3
    peache Profil de peache
    Samedi 22 Août 2009 à 10:05

    comment, Ô Mektoub, pourrait-on résister à cette invite gouleyante ?

    2
    el mektoub
    Samedi 22 Août 2009 à 08:18
    mieux vaudrait pour toi kanak , poursuivre plus longtemps ton tour de France, chez toi là-bas en bas, y a peut-être des toros noirs, mais il y a surtout le h1n1 qui décime la population, sans olé ni ola....
    je nous ai préparé un château Petit Gravet de 1949, c'est quand tu voudras!!
    1
    hem59
    Vendredi 21 Août 2009 à 23:42
     quelle aventure !!!  de quoi faire monter ta tension !!!

    tu as un véritable don de conteur,
    bonne suite dans ton tour de France  
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :