• nous autres, vous autres, tous........

    Il y a bien des lustres, là bas, de l’autre côté de la Terre, juste avant que la folie de quelques indécrottables abrutis ne se déchaîne , il y avait dans une cité ouvrière , toute une théorie de familles de braves et pauvres gens joyeusement répartis en familles nombreuses.
    C’est là qu’un samedi soir d’octobre, vers 20 heures, j’ai ouvert les yeux sur le monde. Ce fut un événement important pour moi, évidemment, mais je me suis laissé dire que mon Père l’aurait trouvé tellement merveilleux qu’il n’en aurait pas quitté les vignes du seigneur pendant un bon laps de temps....

    Il est vrai que l’arrivée d’un garçon après une ribambelle de filles était un mémorable moment, n’en déplaise aux féministes excessives...
    Cependant, malgré tous les efforts dont je suis capable, mes souvenirs ne remontent pas aussi loin, et démarrent d’une photo depuis longtemps affichée au mur de ma chambre et que je contemple toujours avec cette petite pointe de ce je ne sais quoi qui me remue et me relie à ses personnages.
    De part et d’autres de nos Vieux, assis graves et sérieux comme des papes, nous étions, nous les deux derniers , Madeleine, mon aînée de deux ans, à gauche de notre Mère et moi à droite de notre Père, raides comme des piquets de parc dans nos habits du dimanche.
    Sur cette photo en noir et blanc, seule, Hélène, d’une vingtaine d’années, notre aînée sourit. Il est vrai qu’elle est flanquée de son Charles, ce qui permet de situer la photo aux entours de 1941 ou 1942, puisqu’ils se sont épousés en 1942.
    Derrière Madeleine, Anne Marie dite Annie, à peu près 12 ans, précède Thérèse, dite La Grande, plus ou moins 14 ans, avec ses tresses autour de la tête. A droite Simone, l’autrecomme tout le monde ... rousse avec moi de la tribu et ses 9 ou 10 ans, me suit et précède Jean, dont le regard fier et le col de chemise grand ouvert, prouvent qu’il a 18 ans, juste à côté de Charles.
    Ce dernier, en cravate comme notre Père, ce qui prouve qu’il est à ranger dans les gens sérieux, m’a appris, m’a-t-on dit, à marcher à l’aide d’une montre gousset au bout de sa chaîne
    Les Vieux, eux, sont aussi endimanchés que nous, Papa en costume sombre et chemise blanche, Maman en robe noire à motifs floraux blancs, ou clairs, avec un col blanc en dentelle. Ils se tiennent bien droits, bien raides, et regardent droit devant eux, fiers de nous et de leur état, comme il seyait en ce temps là aux gens bien élevés.
    C’était la guerre, avec comme disait Malraux, son horrible cortège, l’occupation, les teutons qui logeaient chez nous, l’absence de tout, bien que nous, les enfants, n’ayons jamais manqué de rien.
    En tout cas de ce qui était indispensable, ce qui nous a donné, à moi en tout cas, une certaine indifférence aux richesses et divers "biens " de notre monde.
    Et il y eut le départ pour les camps de concentration de Jean, qui nous revint quelques mois plus tard maigre à faire peur. Il voulut se venger et s’engagea pour "aller casser du boche",comme on disait alors, mais il se retrouva au Tonkin, dans ce qu’on nommait alors l’Indochine, en pleine guerre encore...
    Il y gagna des médailles et une blessure dont il souffrait encore 54 ans plus tard, quand il a rejoint nos Vieux au pays des chasses éternelles.
    Ah ! Dieu que la guerre est jolie chantait Appolinaire.............
    Et vinrent les américains, libérateurs, qui aussi logèrent chez nous , mais ils étaient, de loin, bien plus mal élevés que les occupants germains. Néanmoins, le chewing-gum, les barres de chocolat énormes et les boîtes de "singe" leur permettaient d’être pardonnés ! Les gens sont ainsi, un peu mauvais, un peu bon, tout bêtement seulement ... humains.
    La guerre, la Libération, comme toutes ou presque les conséquences des élucubrations de l’homo qui se prétend sapiens se sont terminées, mal comme toujours, et la vie a repris ses droits.
    On a reconstruit, réparé tant bien que mal, manifesté et fait des grèves, puisqu’il y a, dans notre beau pays, toujours quelqu’un qui est contre quelque chose...ou quelqu'un.
    Heureusement, d’ailleurs, car la vie serait bien monotone...

    Et puis il y eût ,il y eût... mais c'est une autre histoire! 


  • Commentaires

    6
    Dimanche 9 Juillet à 10:11

    Voila une belle famille et d'excellents souvenirs.C'était une autre époque et on cultivait d'autres valeurs.Il faut se dire que nous avons finalement eu de la chance de voir cette évolution même si tout n'est pas positif.....

    Garde précieusement ce document, il ne faut rien oublier du passé.

    Bon dimanche.i

      • Jeudi 13 Juillet à 09:04

        ce qui n'était  pas positif sur le moment a, du fait que ce qui ne nous tue pas nous renforce, eu un effet sur notre façon de voir les choses. 

    5
    Dimanche 9 Juillet à 07:43

    Te voilà plongé dans tes souvenirs mon cher Peache. En tant que petit dernier, de plus entouré de femmes, tu as du être chouchouté.

    Ce que j'ai de cette époque avant ma naissance, c'est une photo de ma grand-mère et ses enfants sur les routes de l'exode vers la Suisse. Je me suis toujours demandé qui l'avait prise.

    Bonan dimancon Peache, kisetoj.

      • Jeudi 13 Juillet à 09:06

        oh que oui, et même encore maintenant, je suis le petit dernier !

        kisetoj, kara

         

    4
    Dimanche 9 Juillet à 07:18

    Tu étais Lorrain il me semble à cette époque, peut être des environs de Metz il me semble, et c'est vrai que la région a payé un lourd tribut à l'occupation et même après l'occupation, j'ai eu la chance de naitre après toute cette période trouble, mais je garde en souvenir que l'on m'a pris mon grand-père, l'étranger qui a donné sa vie pour remercier le pays qui l'a accueilli

    Amicalement

    Claude

      • Jeudi 13 Juillet à 09:14

        Lorrain, c'est sûr, mais plutôt des Vosges. Dans ces régions, nous avons eu , depuis les hordes d'Attila, l'occasion d'apprendre toutes les langues venues de tous les Ests. C'est sûrement ce que nous envient ceux qui ne savent pas été le prix qui a été payé. Mais ce fût aussi le sort de tous ceux qui ont été envahis et qui ont, ensuite, envahi eux mêmes, puisque l'histoire se répète!

        bonne journée

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