• liberté menacée

    Ces derniers temps, pandémie oblige, des mesures sont prises, plus ou moins acceptées, plus ou moins évidentes, plus ou moins ceci ou plus ou moins cela. On entend des réclamations, des exigences, et des jérémiades plus ou moins justifiées ou…sincères, mais surtout très politiques. On affirme que notre liberté est bafouée, qu'on veut nous asservir.
    Ces aspirations, plus ou moins naturelles, plus ou moins exagérées, m'ont remis en mémoire les vers de Paul Eluard, écrits en des temps où la Liberté était vraiment menacée...
    On pourrait librement l'apprendre, la comprendre, s'en imprégner, la respecter.
    Je sais, ce n'est pas facile, mais en ce monde, on n'a rien sans rien....

    On pourrait utiliser, plutôt plus que moins, ces 21 strophes comme 1 vaccin et 20 rappels pour qu'Elle soit guérie …

     Liberté
    Sur mes cahiers d’écolier
    Sur mon pupitre et les arbres
    Sur le sable sur la neige
    J’écris ton nom

    Sur toutes les pages lues
    Sur toutes les pages blanches
    Pierre sang papier ou cendre
    J’écris ton nom

    Sur les images dorées
    Sur les armes des guerriers
    Sur la couronne des rois
    J’écris ton nom

    Sur la jungle et le désert
    Sur les nids sur les genêts
    Sur l’écho de mon enfance
    J’écris ton nom

    Sur les merveilles des nuits
    Sur le pain blanc des journées
    Sur les saisons fiancées
    J’écris ton nom

    Sur tous mes chiffons d’azur
    Sur l’étang soleil moisi
    Sur le lac lune vivante
    J’écris ton nom

    Sur les champs sur l’horizon
    Sur les ailes des oiseaux
    Et sur le moulin des ombres
    J’écris ton nom

    Sur chaque bouffée d’aurore
    Sur la mer sur les bateaux
    Sur la montagne démente
    J’écris ton nom

    Sur la mousse des nuages
    Sur les sueurs de l’orage
    Sur la pluie épaisse et fade
    J’écris ton nom

    Sur les formes scintillantes
    Sur les cloches des couleurs
    Sur la vérité physique
    J’écris ton nom

    Sur les sentiers éveillés
    Sur les routes déployées
    Sur les places qui débordent
    J’écris ton nom

    Sur la lampe qui s’allume
    Sur la lampe qui s’éteint
    Sur mes maisons réunies
    J’écris ton nom

    Sur le fruit coupé en deux
    Du miroir et de ma chambre
    Sur mon lit coquille vide
    J’écris ton nom

    Sur mon chien gourmand et tendre
    Sur ses oreilles dressées
    Sur sa patte maladroite
    J’écris ton nom

    Sur le tremplin de ma porte
    Sur les objets familiers
    Sur le flot du feu béni
    J’écris ton nom

    Sur toute chair accordée
    Sur le front de mes amis
    Sur chaque main qui se tend
    J’écris ton nom

    Sur la vitre des surprises
    Sur les lèvres attentives
    Bien au-dessus du silence
    J’écris ton nom

    Sur mes refuges détruits
    Sur mes phares écroulés
    Sur les murs de mon ennui
    J’écris ton nom

    Sur l’absence sans désir
    Sur la solitude nue
    Sur les marches de la mort
    J’écris ton nom

    Sur la santé revenue
    Sur le risque disparu
    Sur l’espoir sans souvenir
    J’écris ton nom

    Et par le pouvoir d’un mot
    Je recommence ma vie
    Je suis né pour te connaître
    Pour te nommer

    Liberté.

    Paul Eluard Poésie et vérité 1942

     


  • Commentaires

    1
    Vendredi 20 Novembre 2020 à 16:48

    Ecrit pendant l'année 1942 en pleine guerre,ce poème célèbre est une ode à une valeur fondamentale

    Bon vendredi

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