• le temps ne fait rien à l'affaire

     Vous êtes probablement très nombreux entre Dunkerque et Perpignan à l’ignorer, la rentrée des classes pour l’année scolaire 2016 a eu lieu, dans nos isles(1) du Sud, en février.
    Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais fichtre rien, et cette précision n’avait pour but, dans cette chronique, que d’amener un souvenir de ma lointaine, très lointaine école primaire, qui s’est déroulée juste après ce qu’on nomme parfois, sans réfléchir, la dernière (?) guerre mondiale.

    Au sortir de mes joyeuses années de maternelle, sous la houlette d’une demoiselle qui nous avait appris les rudiments de la lecture, de l’écriture et du calcul ( on ne disait pas encore pompeusement les mathématiques), nous sommes entrés dans la "Grande Ecole".
    Et là, notre cohorte de gamins, dégourdis par des années de guerre, de bombardement et autres menus plaisir de ces temps de folie, s’est retrouvée devant une petite dame à lunettes, à l’aspect sérieux qui nous a tous, un temps, impressionnés.
    Juste un temps, car, ayant vu ce dont les adultes étaient capables, nous étions, disons, assez ...délurés.
    Au point qu’il nous est arrivé, entre autres exploits, de faire entrer subrepticement une grenouille dans le tiroir de la table qui faisait office de bureau sur l’estrade, histoire de voir comment elle réagirait.
    Et nous avons vu.
    Après avoir poussé un petit cri de surprise qui ressemblait plus à un soupir, elles nous a toisés, sans dire un mot, nous dévisageant l’un après l’autre, ce qui a eu pour résultat de nous figer dans l’attitude du coupable démasqué , et finalement préparés à l’avalanche de lignes à copier, de dictées-questions de retenues et autres joyeusetés expiatoires qui nous sont tombés dessus, à tous, car elle n’avait même pas cherché à savoir qui était l’auteur de ce crime de lèse maîtresse d’école.
    Est-il besoin de préciser que le nombre de lignes fut instantanément doublé par la plupart de Pères évidemment informés de notre exploit. Dont le mien, bien sûr !
    Et le temps a passé, bien trop vite à mon goût actuel. Nous nous sommes plus ou moins perdus de vue, en raison de nos parcours plus ou moins vagabonds ou sédentaires.
    Plus de trente ans plus tard, j’ai eu l’occasion de faire l’acquisition, pour une bouchée de pain d’un coupé 24 bt Panhard, qui avait fait l’objet de mon admiration et de mes désirs les plus fous dans mon adolescence.
    Evidemment ce carrosse était dans un état proche de la ruine, mais j’ai eu envie de le restaurer.
    Et pour ce faire, j’ai eu besoin d’une notice du constructeur, ce qui ne fut pas une mince affaire, et finalement s’est avéré presque impossible, jusqu’à ce que je me souvienne de ce que le mari de ma première Maîtresse ( d’école, bien sûr) était concessionnaire de la célèbre marque dans notre petite ville.
    Je travaillais et vivais à proximité de Toulouse, bien loin de mon gros village lorrain originel. Qu’à cela ne tienne, aux premiers congés, nous sommes, comme chaque année, partis en vacances chez nos parents, l’étroitesse de notre budget ne nous permettant pas de hanter les palaces aux nombreuses étoiles des bords de mer.
    A peine arrivé, j’ai appris , ce dont j’aurais dû me douter, que ledit concessionnaire avait pris une retraite bien méritée, mais qu’il résidait toujours à la même adresse.
    Je m’y suis donc rendu, me demandant en chemin si je reconnaîtrais ma Maîtresse, qui avait dû bien changer depuis l’heureux temps de la communale.
    En arrivant, j’ai frappé à la porte, en me préparant à me présenter, pour raviver une mémoire que je soupçonnais un tantinet défaillante.
    Quelques instants plus tard, la porte s’est ouverte, et devant moi, une petite femme en chignon a levé son regard et, sans manifester la moindre surprise, et avant que j’aie prononcé le moindre mot , m’a dit du ton sévère dont j’avais le souvenir :"Ah ! Te voilà, toi !", en m’invitant d’un geste péremptoire à entrer.
    Instantanément, je me suis retrouvé à huit ou neuf ans, en culotte courte, le front bas et empreint de l’espèce de culpabilité qui nous saisissait, tous, dans ces circonstances , et en obéissant sans délai, j’ai bredouillé un presque inaudible " Oui, Madame".
    Il m’a fallu un bon moment pour réaliser que je n’étais plus un petit garçon indiscipliné, mais un homme fait, et père de famille. 
    Mais Elle était restée, et est toujours, la Maîtresse, même si le Créateur l’a rappelée au paradis des enseignants,  où elle a rejoint les fameux Hussards de la République .

    ____________________

    (1), oui, je sais il n'y a pas de s, mais, hein c'est plus évocateur comme ça, non ?

    photos:www.classe47schilick.fr ; cftcbpcesa.blogspot.comwww.agoravox.frblog.jpblogauto.comenfantphotohumaniste.wordpress.com


  • Commentaires

    9
    Dimanche 28 Février 2016 à 08:30

    coucou Peache

    je ne sais pas si on se souvient des meilleurs mais sans hésiter des plus autoritaires .....puis dans le lot reste celui  qu'on a vraiment aimé et 

    bon dimanche peache moi je suis d anniversaire sur Nancy et ......demain la reprise va etre dur dur dur 

    8
    Samedi 27 Février 2016 à 10:28

    Tu avais du la marquer pour qu'elle se souvienne de toi, ton texte est un bel hommage !

    Bonne journée

      • chrisdulot
        Samedi 27 Février 2016 à 20:10

        Je crois effectivement que j'ai marqué beaucoup de mes professeurs !  "je ne sais pas pourquoi, dit-elle innocemment" ! Pour le cas de Mme Bertrant, elle s'était rendu compte que j'étais née le même jour que son fils, ça crée des liens !

         

      • Samedi 27 Février 2016 à 12:24

        je crois que tous nous avons marqués nos maîtres et nos maîtresses autant qu'ils nous ont tous marqués

    7
    Samedi 27 Février 2016 à 09:18

    Bonjour Peache, comme j'aime tes souvenirs! Cette maîtresse avait bien de la mémoire de te reconnaître après si longtemps, et avec tous les garnements qu'elle avait du avoir au long de sa vie d'enseignante. Il faut croire que tu n'avais pas changé.

    J'ai le souvenir de trois de mes maîtresses parmi les nombreuses qui ont traversé ma vie d'enfant, sans doute parce qu'elles étaient gentilles, les autres je les ai oubliées.

    Passe une belle fin de semaine dans ton isle mon cher Peache, bises.

    6
    chrisdulot
    Samedi 27 Février 2016 à 09:09

    c'est fou comme, heureuse ou malheureuse, joyeuse ou triste, nous restons attachés à notre enfance !

    5
    chrisdulot
    Samedi 27 Février 2016 à 09:07

    ma maîtresse à moi s'appelait "madame Bertrand", combien de maîtresses se sont appelées "madame Bertrand", on les retrouve dans toutes les  histoires de nos écoles anciennes ! Je l'avais dans  une école de la Drôme,  je l'ai retrouvée en Ardèche, voisine d'une tante qui avait là sa résidence secondaire ! émotion ...

    4
    chrisdulot
    Samedi 27 Février 2016 à 09:03

    J'ai vécu une histoire similaire et ça fait du bien de s'en souvenir !... merci

    3
    Samedi 27 Février 2016 à 07:33

    On respectait nos enseignants, on les aimait et ils nous aimaient aussi, je me souviens de cette rencontre fortuite lors d'une réunion, j'entends encore cette phrase, "Alors mon petit, que deviens-tu", le petit en question, c'est à dire moi, avait juste 35 ans

    Amicalement

    Claude

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