• Khayyââm et la Femme

    Khayyââm et la FemmeEn cette semaine dédiée à toutes les femmes, je me suis souvenu de mon vieux philosophe préféré, le persan Umar  Khayyââm, et d'une lettre qu'il a écrite à son fils, lui parlant de sa Mère. En voici quelques extraits:

    -----Un samedi, dans la matinée, alors que j'échangeais un livre avec un homme, je ne pus m'empêcher de remarquer à ses côtés la présence d'une femme excessivement jolie dont le visage très clair était mis en valeur par de splendides cheveux sombres.
    A un certain moment, la magie de son regard croisa le mien, m'emprisonnant de façon irrésistible. Et j'en fus chaviré à tel point que dès ce jour j'en tombai éperdument amoureux!
    Quoi que j'aie rencontré beaucoup de femmes avant elle, c'était la première fois qu'un sentiment aussi fort s'emparait de moi. Cependant, nous n'échangeâmes pas un mot cette fois-là et elle quitta bientôt le marché au bras de celui que je supposai être son mari.
    Pendant des jours et des jours, je ne pus m'empêcher de repenser à ce merveilleux visage aperçu seulement quelques instants. La vision était enivrante et tenace. Je n'arrivais plus à m'en libérer.
    ----
    Je n'espérais alors qu'une chose : apercevoir, ne fut-ce que l'ombre d'un instant, la beauté de ses yeux. Je déambulai donc à travers les allées du marché, scrutant du regard les visages perdus dans la foule. Et après un temps qui me parut aussi long que l'éternité, je la vis enfin. Elle était là, resplendissante, à quelques pas de moi, mais accompagnée comme la première fois. Cependant, lorsqu'elle me vit, elle me reconnut et me lança un regard discret. Une immense bouffée de joie envahit alors mon être tout entier...Après l'avoir croisée pour la troisième fois la semaine suivante, je demandai à l'un de mes étudiants de la suivre discrètement, afin de savoir où elle habitait.
    ----
    Mais j'appris bientôt l'horrible vérité sur cette jeune femme, l'implacable, l'inacceptable vérité pour un homme de ma condition et de ma religion. Cette femme était une prostituée !
    Le choc fut épouvantable et je n'avais pas le choix : il me fallait l'oublier au plus vite!
    Je décidai donc de la rayer à tout jamais de ma mémoire. Mais après des mois et des mois d'effort,de nuits blanches et de prières, elle s'accrochait toujours à moi et son doux regard était toujours là, bien présent au fond de mes pensées.
    Je m'efforçai cependant de ne plus retourner au marché afin de ne pas attiser ma douleur, mon chagrin et mon désir de la revoir. Ma déception était telle que je n'arrivais plus à supporter la présence d'aucune femme à mes côtés. C'est alors que je décidai de ne jamais me marier.
    ------
    Un autre jour, elle revint encore assister à l'un de mes cours et cette fois elle vint vers moi à la fin de celui-ci. Touchant délicatement ma main elle me dit :
    - S'il vous plaît, acceptez-moi. Je ferai de vous mon maître. Son visage ruisselait de larmes.
    Je mis ma main dans la sienne et lui répondis sans trop réfléchir:
    - Abandonnez tout et venez vivre dans une maison d'hôte près de chez moi. Et c'est ainsi que nos destins allaient se lier inexorablement.
    -----
    Elle s'appelait Hamah. Elle devint l'une de mes élèves les plus assidues et renonça aussitôt à la compagnie d'autres hommes.
    Cependant, ce n'est qu'après un an que nos relations devinrent plus intimes et que je décidai de lui révéler mes sentiments. Peu après, elle eut un enfant de moi. Cet enfant, c'était toi.
    Ainsi, je ne me mariai jamais, mais je vécus des années heureuses avec ma compagne Hamah et lui dispensai tout mon amour, ainsi qu'à toi, notre fils.
    Nous t'appelâmes Omar. Je ne pouvais en effet te donner le nom de Khayyam, mais tu vécus dans notre maison, et tout le monde en ville savait que tu étais mon fils.
    Hamah mourut lorsque tu avais 22 ans, juste avant la célébration de ton propre mariage.
    -----
    Celà se passait vers les années 1100, vers Samarcande ou à Nichapour ou peut-être à Ispahan, mais peu importe la date et le lieu, l'amour est intemporel et universel, n'est-il pas ?

    photos damemauve.com

     


  • Commentaires

    6
    Jeudi 7 Mars 2013 à 12:54

    MA GNI FI QUE histoire mon Peache ! Je me suis passée tout le petit film sur le marché tant c'est merveilleusement bien écrit ! Si on pouvait le lire dans le texte, ce serait, j'en suis sûre, encore mieux ! Quelle tristesse de voir l'Iran aujourd'hui quand on connait un peu son illustre passé... Ah ces prostituées, elles sont de partout et moi je me les aime ! ça m'a fait penser à ma Marie Madeleine Provençale... Bien bonne journée à toi. Mistouline.

    5
    FMR Profil de FMR
    Mercredi 6 Mars 2013 à 08:07

    bonjour

    on est fou lorsqu'on aime .....Mais c'est souvent une belle folie ...j'aurais juste aimé qu'il aille lui aussi plus loin jusqu'au mariage et renoncer à ses convictions mais ....je pense que vu le lieu l'époque c'etait vraiment chose impossible ! 

    je suis en pause je sais pas trop la date de mon retour .....ça va sans doute être aussi une histoire de coeur 

    bonne journée et à bientôt 

    4
    Mercredi 6 Mars 2013 à 06:12

    Il n'existe aucun obstacle à un amour sincère

    amicalement

    Claude

    3
    Mardi 5 Mars 2013 à 14:27

    Très belle histoire qui me rapproche à nouveau de la Perse...shah alors!

    Merci pour le commentaire et bonne journée.

    yvesd

    2
    Lundi 4 Mars 2013 à 21:45

    Magnifique et émouvant. C'est vrai que l'on a de l'empathie pour ces protagonistes même s'ils sont très loin de nous dans le temps et dans l'espace.

    1
    Lundi 4 Mars 2013 à 20:22
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :