• J'ai été une fille pendant 15 jours

    Bon jour !

         Cette nuit, je me baladais, tranquille, au clair de lune, entre le bourao et le ponton,  en essayant de deviner  ce qui se passait là bas, de l’autre côté de la baie, où les collines de Nouméa sont piquées des innombrables lumières qui lui donne l’air d'un bateau navigant vers Dieu sait quelle Cythère. La mer était calme, il n’y avait pas un bruit, pas de vent, pas de pluie, rien ne troublait la sérénité de ce novembre débutant.
         J’habitais là depuis une quinzaine de jours, exactement depuis le 15  octobre 2009 au soir, quand je me suis présenté ici, après quelques mois d’errances tumultueuses  dans  la mangrove et les bosquets des environs, mangeant chichement et buvant l’eau des mares, en essayant d’échapper aux mille dangers qui sont la hantise de tous ceux qui vivent dehors.
         J’avais été accueilli sans hésitation, sans questions, et on m’avait donné à manger  et un coin chaud, à l’abri des turpitudes et des aléas du vagabondage auxquels j’étais condamné  depuis plusieurs mois.
         En fait, je ne l’ai su que le lendemain, je traînais ma misère depuis six mois environ dans ce quartier pourtant relativement bien fréquenté, et sans me faire remarquer par qui que ce soit.
         Cette information m’est tombée dessus quand, après m’avoir conduit chez un docteur, on me fit examiner. J’étais couvert de puces, de tiques et autres plaisanteries qui agrémentent la vie des vagabonds en zone tropicale.
         Mais revenons à cette nuit.
        Bon jour ! J’étais donc tranquillement en train d’examiner mon environnement quand, brusquement, sorti de je ne sais où, je reçus sur le dos une masse de chair grondante, soufflante, qui me renversa et essaya de me mordre et de me griffer. Heureusement pour moi, je suis souple, jeune et mes forces m’étaient revenues après les bons traitements qui m’avaient été prodigués  ces dernières semaines.  
         J’ai donc pu me dégager relativement facilement et à m’enfuir, me mettant à l’abri  sous la voiture, dans le car port, où mon agresseur ne put plus m’atteindre, et s’en alla, déçu et probablement vexé. J‘ai vu qu’il s’agissait de l’énorme chatte tricolore qui loge de l’autre côté de la barrière, avec une demi douzaine de chiens de toutes races, tous bien moins teigneux que cette sale bête.
         Mais je ne me suis pas présenté. Lors de mon arrivée, en miaulant ma faim,  on m’a nourri sans chercher à savoir d’où était originaire ma famille - qui vient de je ne sais trop où - je ne connais ni mon père ni ma mère, et, selon mes hôtes,  je fais partie de cette espèce de mammifères  carnassiers félidés  qu’on désigne plus couramment, dans nos contrées,  sous le vocable de chat de gouttière, mais noir et blanc, quand même.
         Je vous disais donc que, le lendemain de mon arrivée, un docteur vétérinaire avaitBon jour ! diagnostiqué une invasion de puces et de tiques, avait prescrit un traitement, et avait mentionné Patoune, sur le superbe petit sac mauve contenant des instructions sanitaires me concernant, et avait félicité mes hôtes, en leur disant : ª cette petite chatte sera bien  heureuse chez vous ª, ce qui les avait comblés de joie. Ce nom m’avait été attribué, dans la logique d’une kyrielle de chattes noir et blanc qui avaient vécu  chez mes nouveaux hôtes
         Et ce matin, après mon aventure de la nuit, comme je ne m’étais pas précipitée sur ma gamelle, et que je m’étais couchée sur un fauteuil, ils furent un tantinet inquiets et m’ont palpée sous tous les angles, jusqu’à ce que, fatiguée de ce traitement qui troublait ma quiétude, je miaule au moment où ils touchaient ma patte arrière gauche. Ils virent alors cette bosse qui me faisait souffrir et décidèrent  de me conduire chez  le vétérinaire, pour me  faire soigner.
         Ce praticien, où plutôt cette praticienne (ce que j’avais remarqué du premier regard lors de ma première visite), ma palpée, a tâté mon ventre, en trouvant un peu étrange quand même qu’à mon  âge, estimé à 6 mois,  je n’aie pas encore  vu le chat, où le loup, comme disent les humains. Ou que je n’en ai pas manifesté le désir… 
       Puis, elle a décidé de prendre ma température, après avoir examiné ma patte douloureuse. Au moment où elle allait introduire le thermomètre dans l’orifice adéquat, elle s’exclama,  en  hoquetant de rire :
          " C’est un garçon !!!!!!".
       Bon jour !  Elle avait, la futée, constaté la présence de ces attributs que tous les mâles du monde, qu’ils soient humains ou animaux sont si  fiers de posséder, et qui seraient signes de courage, selon certains, en disant, incidemment, que Jeanne d’Arc était courageuse.
         C’est ainsi, qu’aujourd’hui, 4 novembre 2009 à 11 heures, j’ai cessé d’être une fille.

     


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  • Commentaires

    3
    hem
    Mercredi 4 Novembre 2009 à 20:05
    miaou, dit i,l je suis enfin reconnu comme étant moi même !

    mais vont ils penser à changer mon nom ? 
    2
    el mektoub
    Mercredi 4 Novembre 2009 à 09:22
    mazette, pauvre félidé, où est-il tombé, mais dans quelle famille a-t-il chu la pauvre petite bête, encore heureux qu'ils ne l'aient pas habillé en rose, c'eût été le comble...

    Allez Patoune courage, il y a pire.
    1
    Mayaa
    Mercredi 4 Novembre 2009 à 09:13
    C'est adorable, cette façon de raconter l'histoire... je suis toute attendrie... Bon... j'ai une excuse, je suis une vraie mémère à chats :)))


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