• gavage caprin

    gavage caprinEn ces temps là, sous mes cheveux poil de carotte, et du haut de mes dix ans, je gardais, pendant les vacances, notre fournisseuse caprine de lait moussu.
    Elle appréciait particulièrement le trèfle du champ de l'Hôpital, là haut, près du petitgavage caprin bois, au bout de la prairie du père Vidal.
    La voyant si active à sa dégustation, et ne manifestant aucune envie de quitter ce banquet, je m'en fus jouer à Marco Polo qui, après avoir visité Kubilay à Cipango était venu dans notre petit bois, en compagnie de Robin des Bois et de Zorro.
    gavage caprinQuand nous eûmes vaincu le shérif de Nottingham, je quittai nos rêves et revins à la maison, après avoir eu bien du mal à arracher la chèvre de son festin.
    Je fus fort fier de moi, en annonçant que notre Biquette avait bien mangé, et paradai, fier comme bar tabac, comme disait mon Père en rigolant sous sa moustache.
    Sous sa casquette penchée sur l'oreille et sur son vieux vélo, le responsable de mes jours rentrait chaque soir vers 17 heures 45, puisqu'il quittait son atelier de tonnelier à la Cristallerie à 17 heures 30, au signal de la sirène qui rythmait les journées de notre cité ouvrière.
    En arrivant, il rentrait sa monture dans le hallier, et passait immanquablement voir Biquette, qui logeait juste à côté, dans un petit enclos intérieur clôturé de planches à claire-voie. Et ce soir là, il ne manqua pas à sa tradition.
    Mais, avant qu'il n'emprunte l'escalier menant à la cuisine, nous entendîmes, en un hurlement épouvantable, des mots que je n'ose retranscrire, des enfants pouvant me lire. Ma Mère, affolée, dévala l'escalier et se précipita au hallier, et en arrivant hurla " Mais pourquoi cette bique est elle si gonflée !"
    Ce à quoi mon Père répondit, la colère donnant une drôle d'intonation à sa voix : " A tous les coups,gavage caprin elle s'est goinfrée de trèfle ! Qui la gardée aujourd'hui ?"
    J'entendais ces propos depuis le haut de l'escalier , commençant à me demander si je n'aurais pas commis comme sorte d'erreur en laissant Biquette dévorer les biens herbeux de l'hôpital.
    A tout hasard, je me mis à effectuer mes devoirs de vacances. Je séchais sur un problème de robinet et d'évaporation, quand mes parents revinrent. Bien penché sur mon cahier, et regardant soigneusement ailleurs, je n'en entendais pas moins leurs commentaires.
    C'est ainsi que j'appris que mon Père avait, d'un coup de trocart , fait dégonfler le ventre de Biquette et lui avait probablement sauvé la vie. J'ignorais totalement ce qu'était un trocart, mais ne cherchai prudemment pas à le savoir immédiatement.
    Je vous passe la description de ce qui se passa ensuite, mais j'eus tout loisir d'y penser le soir, après avoir morosement avalé mon gros morceau de pain sec et le verre d'eau l'accompagnant, en copiant 100 fois "je ne dois pas faire manger de trèfle à la chèvre, la digestion de cet ingrédient provoquant des gaz qui font enfler son ventre " .
    Mon Père a toujours eu le sens de la formule...
    Est-il utile de préciser que, depuis cette mémorable journée, Biquette n'a plus jamais accédé au trèfle hospitalier?

    photos :capgenes.com; fidocl.fr; photo.ortho.free.fr; allociné.fr


  • Commentaires

    2
    Mercredi 8 Mai 2013 à 23:50

    mon Père a fait toute une tripotée de choses géniales, dont une kyrielle de minots dont je fus le dernier, mais pas le moindre, tout au moins en volume ...

    1
    Mercredi 8 Mai 2013 à 10:04

    heureusement que ton père savait utiliser le trocart, sinon je suis sur que tu te serais senti responsable de la tragique fin de biquette, sans compter la perte familliale car j'imagine que le lait de la belle était indispensable à la famille

    amicalement

    Claude

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