• gai gai marions nous

    gai gai marions nousNé un deux février, il s’appelait Purificat, car l’étroitesse des bandeaux des calendriers ne permettaient pas d’écrire Purification en entier.
    Non ce n’est pas une élucubration !
    Il arrivait souvent, aux Antilles, et en Guadeloupe en particulier, qu’on donne pour prénom aux enfants le nom du saint du jour de leur naissance.
    C ‘est ainsi qu’il existe quelques Victor Schoelcher,  puisque nés un 21 juillet, jour de la Saint Victor, date à laquelle on fête l’illustre Victor Schoelcher, courageux député, qui fut, en 1848, à l’origine de l’abolition de l’esclavage, et quelques garçons prénommés Simone, puisque nés un 28 octobre.
    Mais Purificat, qui avait pour second prénom Arnould, a eu et aura toujours dans mon cœur et mon esprit une place à part,gai gai marions nous là où je range les êtres d’exception que j’ai eu la chance de côtoyer, et qui m’ont fait l’honneur de leur amitié. Il était prêtre et curé de la commune de l’Anse Bertrand, tout au nord de la Grande Terre, aile droite du papillon Guadeloupéen.
    Dans les années 60 du siècle dernier, j’avais la veine d’être ce que les locaux nommaient genda’me g’and sab'
    dans ce magnifique village  , en souvenir de ces moustachus collègues du brigadier Pandore, qu’à si bien chantés Gustave Nadaud.
    Nous avions sympathisé et, souvent, il m’invitait à la messe du matin, me promettant d’un air gourmand un casse croûte royal après l’office.
    Je le soupçonne d’avoir ainsi ramené dans le giron de la paroisse quelques moutons un tantinet égarés....Et comme, puisque ne faisant pas de politique, il tenait ses promesses.....
    Il était donc souvent chez nous, d'où nous pouvions le voir jouer tout seul au basket dès l'aurore et nous considérait, mon épouse et moi, comme ses petits frère et soeur .
    Un beau jour, alors que nous sacrifiions à l’immuable rite du ti punch, nous en sommes venus, Dieu sait pourquoi, à parler de mariage, et le Père Louis, avec le petit air en coin qu’il prenait pour annoncer une bonne histoire, nous dit " ça vous gai gai marions nousdirait de vous marier aux Abymes ?"
    Nous en étions à la fin de nos 10 premières années d’union, et l’avons regardé avec un air interrogateur qui l’a fait éclater de rire , et il nous exposa son idée.
    Malgré tous les grands principes, il n’était par particulièrement copain avec le curé des Abymes, qu’il trouvait trop rigoriste et à cheval sur les principes. 
    Nous avons bien sûr accepté,  la perspective d’une bonne blague étant toujours bien accueillie chez nous .
    Donc, lors de mon jour de repos suivant, nous embarquâmes dans sa 404, et partîmes joyeusement nous épouser. Bien entendu, il nous fallut nous séparer de nos alliances, dont la trace s’inscrivait néanmoins en blanc sur nos doigts un peu hâlés par le généreux soleil antillais. Et nous arrivâmes à gai gai marions nousla cure des Abymes, où nous fûmes accueillis par un prêtre européen, sérieux, plein de rigueur dont le visage fermé n’incitait pas à la plaisanterie.
    Nous avons, Danielle et moi, pris l’air de gosses surpris avec un doigt dans le pot de confiture, quand l’ineffable Purificat, sans l’ombre d’une esquisse de sourire, exposa à son collègue le but de notre visite, à savoir que, vivant ensemble depuis longtemps, ayant trois enfants, nous voulions nous marier, pour cesser de vivre dans le péché, ce que nous ne pouvions faire à l’Anse Bertrand, où nous étions connus et où les gens croyaient que nous étions un couple légitime.
    Le regard horrifié du titulaire de la paroisse a failli détruire notre farce, car il nous fut très difficile de ne pas éclater de rire !
    Malgré l’insistance du Père Louis, son homologue refusa systématiquement de nous marier, arguant pauvrement du fait que son église était petite et que, par ses nombreuses fenêtres, toute la population pouvait voir ce que se passait à gai gai marions nousl’intérieur , et allant même jusqu’à nous inviter à aller célébrer nos noces dans la lointaine métropole, où tout le monde peut presque être invisible, puisque noyé dans la masse....
    Nous l’avons quitté la tête basse, essayant de donner l’impression de pécheurs mal compris et désespérés, jusqu’à notre arrivée à la voiture, où un homérique éclat de rire fut le prélude à un bon repas qui clôtura cette matinée picaresque.

    images : saintpierre-bonsecours.hautetfort.com ;www.vacances-location.net ,www.delcampe.net ,triangle.ens-lyon.fr  


  • Commentaires

    10
    Samedi 16 Avril 2016 à 18:28

    heureusement qu'il y a encore quelques bons curés au bon sens paysan ( absolument pas péjoratif, bien au contraire)!

    Ceux qui croient en l'homme, celui qu'il côtoie tous les jours,les autres pensent être investis d'une mission divine........

    Bon week end

    9
    hem59
    Dimanche 10 Avril 2016 à 07:28

    voici bien longtemps que je ne suis pas attarder sur tes écrits :)  ah, j'aime beaucoup  la narration de ton mariage religieux ,

    j'imagine  bien la tête de ce curé rigoriste ( nous avons eu le même pendant 8 ans dans notre patelin )

    bises amicales.

       

      • Lundi 11 Avril 2016 à 03:41

        voila en effet bien longtemps ! content de te revoir ici ! je ne sais pas ce que ce père la rigueur est devenu, mais mon ami Purificat a rejoint les chasses éternelles, où il a dû semer une belle pagaille avec ses idées d'homme vrai! bises antipodiennes

      • hem59
        Dimanche 10 Avril 2016 à 07:34

        oups la faute  !!!! je me suis attardEE ! faute réparée ! :) 

    8
    Dimanche 10 Avril 2016 à 06:41

    C'est avec plaisir que je reviens lire cette petite farce avec ce brave curé de campagne.

    Passe une belle journée

    Amicalement

    Claude

    7
    Samedi 9 Avril 2016 à 00:49
    Très bon paragraphe. Merci
    6
    Vendredi 8 Avril 2016 à 22:14

    Sympa l'histoire ! Sans doute un excellent souvenir !

      • Vendredi 8 Avril 2016 à 23:19

        c'est sûr ! il nous arrive encore d'en rire !

    5
    Vendredi 8 Avril 2016 à 06:34

    Le bon curé de campagne qui a des idées bien arrêtées, faites ce que je dis mais pas ce que je fais

    Amicalement

    Claude

    PS: devant l'agressivité des publicités misent en place par eklablog, je vais migrer mes blogs sur blogspot, mais pas de soucis je continuerai de voir mes amis

    4
    Jeudi 7 Avril 2016 à 09:15

    Bonjour Peache, il me fait penser à don  Camillo ton curé, plaisanterie et bonne chère, quoi de mieux pour plaire aux fidèles?

    Donc tu as encore sévi sur d'autres îles? Veinard! Passe une belle journée, bises.

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