• boulari

    boulariPour faire plaisir à Marie, dite augreduvent, je vais vous parler un peu de la Baie de Boulari et du ponton où, avec mes amis ailés la Mouette et le Héron, il m'arrive de mangroviser, ce qui est plus adapté en ces lieux  que  philosopher.
    Or donc , ici , tout au fond de la Mer de Corail, par 165°33’26.71’’ Est et 22°15’38.66 " Sud, ce matin, vers 11 heures, la baie de Boulari était verte. Pas un vert habituel, non, plutôt un émeraude , comme celui d'une prairie de jeune herbe tendre, sur laquelle les crêtes des vaguelettes poussées par un léger vent de Sud Est joueraient à être des moutons.
    Une drôle de lumière, un peu comme celle qui a dû annoncer au monde la fin du déluge, donnait unboulari aspect irréel au paysage, comme dans ces tableaux sublimes de la Renaissance. Je suis sûr de n'avoir jamais vu de teinte aussi simplement étrange. C'est ça, étrangement, merveilleusement, simple.
    Le ciel était d'un gris léger, avec à peine, ici, où là, quelques touches de bleu tout juste assez grandes pour tailler une culotte de gendarme et, sur le mont Té, quelques nuages plus sombres, gonflés de promesses de pluie .
    Deux ou trois mouettes, perchées sur la barrière de la route, étaient en admiration devant cette féerie. J'allais être un peu en retard, mais je n'ai pas résisté au plaisir de m'arrêter pour m'extasier avec elles, et nous avons, ensemble, silencieusement, joui du spectacle.
    boulariDans cette anse, chaque jour, et parfois même presque à chaque heure, la mer nous offre un décor différent , un instant d'un bleu sans fond reflétant l'insondable profondeur du ciel des Mers du Sud, l'autre rouge sombre, teintée par les terres minérales que la Rivière Boulari charrie après les pluies sur la Montagne des Sources.
    Parfois d'un gris lourd quand le ciel est triste, parfois, quand l'océan est en colère, là-bas, de l'autre côté du récif, elle se pare d'une sorte d'étrange camaïeu de bruns ou de verts sombres.
    Certains jours, le matin, très tôt, elle s'étale, paresseuse, encore endormie, immobile, translucide, un peu verte près de la mangrove, et d'un bleu divin jusqu'à Tina, là bas, sur l'autre rive.
    A ces moments là, depuis le faré du ponton, on voit des bandes de poissons , picots, mulets, daurades, relégués, quelquefois surveillés par un barracuda vorace, dont la présence n'émeut pas les crabes guerriers ni les bernard-l'hermite qui tracent leur chemin sur le sable.
    Toute cette vie vaque tranquillement à ses affaires, et rit intérieurement en me voyant préparer ce que je crois être un appât et qui constituera son dessert, tandis qu'à la surface, de lents courants dessinent desboulari arabesques voluptueuses
    A la nuit tombée, les jours de pleine lune, les lumières de Nouméa, qui piquent d'étoiles les collines, en face, entre le Ouen Toro et l'îlot N'Dé, donnent l'impression qu'un immense paquebot croise près de nous, vers un monde mystérieux. La lune dessine sur l'eau noire un chemin de lumière qui nous invite à rejoindre les passagers de ce bateau magique. Vous savez, ce que les Suédois nomment si poétiquement mangata (
    Le reflet de la lune qui trace un chemin sur l’eau) .boulari
    Parfois, la rage des vents la transforme en furie, elle gronde, s'enfle, se creuse, se jette à l'assaut de la terre où elle s'écroule, fumante d'embruns, recule et repart, têtue et coléreuse, comme si son plus profond désir était la destruction de cette île qui lui barre le passage vers l'autre bout du monde.

    Aussi vite qu'elle s'est fâchée, elle se détend, et revient caresser la plage, en nous offrant toute une théorie de bois flottés pour se faire pardonner, puis, majestueuse, elle reprend le cours de son éternité.


    les photos sont de moi.


  • Commentaires

    6
    Lundi 15 Octobre 2012 à 09:22

    Un joli récit pour un endroit du bout du monde, fascinant pour moi car la contrée la plus lointaine où j'ai jamais mis les pieds c'est le Maroc... Passe une belle journée

    5
    Miachatoune Profil de Miachatoune
    Dimanche 14 Octobre 2012 à 17:59

    Joliment contée,tu as le don de nous captiver un talent d'ècrivain.

     Les photos sont rèussi il n'y a rien a jeter. Bravo merci. 

    4
    Dimanche 14 Octobre 2012 à 10:14

    Revenue voyager dans ton univers pour te souhaiter un très bon dimanche

    bisous

    marie

    3
    Samedi 13 Octobre 2012 à 11:04

    whawh ! merci !

    2
    Samedi 13 Octobre 2012 à 09:02

    De ce merveilleux voyage je suis toute retournée, j'ai encore le vent qui carresse mon visage et les embruns qui m'entourent. Sur le ponton j'admire le coucher du soleil, la mer m'a tellement offert de merveilleuses couleurs que j'ai plein d'étoiles dans les yeux, merci pour ce merveilleux voyage , maintenant le cri des mouettes s'éloignent peu à peu, mais le net est tellement magique que je pourrais revenir dans ce petit bout de paradis 

    merci beaucoup de m'avoir fait voyagé dans la baie de Boulari..

    bisous

    Bonne journée

    marie

    1
    Samedi 13 Octobre 2012 à 08:58

    Cela aurait été dommage de ne pas t'inviter à parler de cette baie, tu nous emportes dans une découverte féérique, sur une région que tu as dans la peau, on sent l'amour que tu as pour cette région dans chaque mot que tu utilises pour nous en parler, merci à toi pour cette belle découverte matinale

    amicalement

    Claude

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