• Au détour de la Baie Nord

        Cernées, embrassées, étouffées par les racines serpentines d' arbres vindicatifs, quelques pauvres ruines têtues tentent de perpétuer le souvenir de ces misérables moins qu'humains qui ont désespérément taillé leurs pierres en des temps de misères, leurs chapeaux de paille rougis par la poussière, cachant de leur ombre complice leurs regards sans âme.
        Leurs mains ensanglantées, si calleuses qu'elles avaient oublié la  douceur de la peau des amantes d'antan, tentaient, de leur revers sale,  d'empêcher  la sueur de noyer leurs yeux las .
        Ils étaient criminels peut-être, mais ils étaient quand même des hommes, tout comme ceux qui les gardaient avec indifférence, le fusil  à l'épaule, l'œil aux aguets ou, parfois, passait  un regard de triste commisération, de compassion même
        Quelques ouvertures aveugles parsemant d'interrogations muettes quelques murs noirs, sans but, noyés, incongrus,  dans la végétation joyeuse, laissent apercevoir, au détour  de petites pièces aux usages mal définis, sous des crépis en lambeaux, des pans de pierres sombres impeccablement taillées, parfaitement ajustées, solides, définitives, éternelles. Elles   prouvent, incongrues, avec quelles qualités professionnelles  ces hommes sans noms ont travaillé, ces hommes  dont les sociétés vengeresses ont fait des rebuts d'humanité.
        A quoi pensaient-ils, en taillant ces roches ? 
        Regrettaient-ils les motifs de leur punition ?
        Rêvaient-ils à ceux qu'on les avait obligés à quitter ?
        Aspiraient-ils à une hypothétique rédemption?

       Soupiraient-ils de la Liberté, cette folle et merveilleuse utopie dont ils avaient même oublié le visage?
        Ou voulaient-ils simplement finir leur tâche, pour obtenir un peu de pain et de repos ?
        Ils sont morts sans avoir vécu, misérables, et furent discrètement enterrés au fond de la forêt,  sans rien pour rappeler  qu'ils ont été. Seuls les murs noirs, témoins oubliés de leurs misères,  se dressent encore, sombres et mourants. 
        Il n'y a personne ici pour les pleurer, ni même se souvenir d'eux, sauf, peut-être, quelque passant pas très fier, mal à l'aise, à qui un inconfortable sentiment, mélange douloureux de culpabilité rétrospective, d'interrogations, d'impuissance et presque de  remords, demande :
        " Justice a-t-elle été rendue ? "


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  • Commentaires

    1
    claudine
    Lundi 16 Février 2009 à 08:17
    que de souffrance  contenue dans cet article !  que de sentiments mélés de honte, de regrets et de compassion font surgir en nous  cette évocation de cette inhumanité  que des  "hommes" ont infligée à d'autres !!!!

    évocation terrible ! fermant les yeux je vois  ces ruines et surtout ces êtres qui furent obligés de vivre disons de survivre dans ce cauchemar
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